Publié par : tasekla | 18 janvier 2012

Colloque au DLCAmazighes de Bouira (18 & 19 avril 2012)

Appel à contribution

Le Département de Langue et Culture Amazighes du centre universitaire Akli Mohand Oulhadj de Bouira organise les 18 et 19 avril 2012 un colloque international sur la thématique :
L’enseignement de la langue amazighe dans les universités algériennes et étrangères
(Parcours, bilan et perspectives)

Argumentaire :
C’est au milieu du 19ème siècle que  l’enseignement  de tamazight  avait suscité un intérêt parmi des chercheurs algériens et étrangers. Et  c’est à ce groupe de chercheurs que revient le mérite d’avoir mis en place le premier noyau de l’enseignement de la langue et de la culture amazighes. Au lendemain de l’indépendance le relais sera repris par plusieurs intellectuels amazighs dont Mouloud Mammeri.  Néanmoins, ces  premières expériences dans l’enseignement de tamazight ne furent pas capitalisées par les décideurs dans la perspective de l’introduction de cette langue dans le système scolaire d’alors.
Suite à l’ouverture démocratique, notamment en Algérie, l’enseignement de tamazight est devenu une réalité palpable, à la suite d’ouverture  de départements de langue et culture amazighes dans des universités d’Algérie et  des filières de langue amazighe au Maroc. A côté  de cela, et toujours par décrets officiels,  il sera décidé de l’ouverture  d’institutions chargées du domaine amazigh (enseignement et promotion). On citera à titre indicatif le Haut Commissariat à l’Amazighité en Algérie et l’IRCAM au Maroc.  Par ailleurs, des laboratoires et des unités de recherches verront aussi le jour au sein des départements de langue et cultures amazighes et dans des universités étrangères, en Italie, en France, en Hollande, en Allemagne et autres.
Toutefois,  ces expériences connaissent beaucoup de carences et sont confrontées à des difficultés dont essentiellement celle de transposer le discours politique sur le terrain en veillant à l’application en toute rigueur des lois et autres décrets inhérents à l’enseignement et à la promotion de tamazight.
A la lumière de ces données, ce colloque se penchera sur l’état des lieux actuel de la langue et de la culture amazighes dans l’enseignement universitaire. Il abordera aussi la réalité de l’intégration du domaine amazigh dans les universités maghrébines et européennes.   Ainsi, ce colloque se focalisera sur trois étapes : le parcours, le bilan et les perspectives.  Au terme de la rencontre, seront proposés les outils et les mécanismes à mettre en place à l’effet d’insuffler une nouvelle dynamique  à tamazight pour lui assurer une place plus importante dans les différentes institutions scolaires et universitaires et de l’inscrire dans la modernité.
Les axes du colloque :
Les participants seront appelés à discuter le parcours, le bilan et les perspectives relatifs à l’enseignement de la langue et de la culture amazighes dans les universités, se basant sur les problématiques suivantes :
-     Le parcours de l’enseignement de langue et culture amazighes de l’initiative individuelle aux institutions officielles.
-    Le bilan de l’enseignement de tamazight en Algérie et dans des pays étrangers, du point de vue programme et pédagogie.
-    Outils et mécanismes en mesure de promouvoir l’enseignement de la langue et de la culture amazighes dans les universités.
-    Rôle de l’enseignement de tamazight dans la préservation de l’identité et dans l’équilibre social et politique
-    L’héritage culturel et l’enseignement de tamazight
-    L’aménagement linguistique et ses incidences sur l’enseignement et l’apprentissage de la langue amazighe.
-    La problématique et l’importance de l’utilisation de la langue amazighe dans les domaines modernes tel que l’audiovisuel, la presse nationale et l’internet
Dates importantes :
- 10 mars 2012 : dernier délai du dépôt des intitulés et des résumés des interventions
- 30mars 2012 : confirmation de la participation
- 18- 19 avril : coup d’envoi des travaux du colloque
- 30 juin 2012 : dernier délai du dépôt des communications pour publication

Le chef du département de langue et culture amazighes
Dr. Mohamed DJELLAOUI

Publié par : tasekla | 27 novembre 2010

Asefru : A m tismin ! [Poème : Toi, la Jalouse !]

A m tismin !

Jjip tegzem, ulac tejlalt

Tamuɣli-k ad tt-teṭṭafar

Wali taksumt tamellalt

Tegrurez teglult ḥekkeṛ

Tamessaḍt telha d tafat

Siked kan akka i d aḍar

Mi t-tesserseḍ ɣef tuyat

Llhi-d imiren d leqrar

A m tismin !

Ur d-cligeɣ di tmessaḍin !

Ẓer kan akka i d amzur

D aleqqaq, d afilali

Sself-as imi t-tesɛiḍ d amur

Ad twaliḍ amek iɣelli

Ɣef tmeccacin-iw d-ibedden

Tid ur tezgil tmuɣli

Am keččini am medden

Axi-tent-in fell-asent ali

A m tismin !

Ur d-cliɛeɣ di tmecccin !

Muqel-iyi-d ɣer idmaren-iw

Wali akka i tibbucin

Xedmeɣ yis-sent aɛezziw

Ttasment seg-i teqcicin

I yebɣun deg-sent teṭṭḍeḍ

Ad yezg ɣer-k laẓ d amqennin

Sani i yak yehwa tṛuḥeḍ

Tiẓeṭ nnsent tedda d aɛwin

A m tismin !

Ur ceṭṭneɣ di tebbucin !

Wali di ṣṣifa n wudem

Ma ur cbiḥeɣ ɣas ini-t-id

Ɣef tcenfirin yura yisem

Ara ireqq deg allen-iw wali-t

Wissen m’ur tefhim ara asirem

D kra akk i d-nettnehhit

Ɣer ddaw wakal ɣas kcem

Yeffeɣ-ik umur di ddunit

A m tismin !

Ur nḥerwaɣ di tqemmucin !

 

A m tismin !

Ɣas tafekka temleḥ, teččur

Ur nkiṛeɣ ayen yellan d zzin

Maca kra din d leɣrur

Iɛecceq n win ur nessin

Allaɣ ilem, ul d lbuṛ

Akka igant kra n teḥdayin

Wigi mačči d yir lehduṛ

Aṭas i ssneɣ di tlawin

A m tismin !

Tidet, i yi-yerḥan d tayri-m  !

A m tismin !

                                             sɣur Saïd CHEMAKH

                                             Lpari, Furar 2002.

Publié par : tasekla | 25 novembre 2010

La codification graphique du berbère. (par Salem Chaker)

La codification graphique du berbère :

Etat des lieux et enjeux.

Par Salem Chaker

(Université de Provence / Inalco – Centre de Recherche Berbère)

 

 

 

La langue berbère n’a pratiquement jamais connu de processus de normalisation linguistique. Il n’existe pas – et il semble qu’il n’ait jamais existé – de koinè supra-dialectale, littéraire ou autre. Tamazight se présente donc de nos jours sous la forme d’un nombre élevé de variétés régionales (les “dialectes” dans la nomenclature des berbérisants), répartis sur l’ensemble de l’Afrique du Nord et de la zone saharo-sahélienne, séparées les unes des autres par des distances souvent considérables et entre lesquelles l’intercompréhension peut être très laborieuse.

En conséquence, la codification graphique du berbère est un processus récent, qui émerge au début du XXe siècle en Kabylie, et qui s’inscrit dans une dynamique globale de passage à l’écrit, dans un contexte très défavorable, marqué par l’absence de soutien institutionnel[1], l’oralité dominante et la grande variation linguistique.

Le débat autour de l’alphabet : serpent de mer / arme de guerre

Depuis plusieurs décennies, on voit revenir cycliquement dans le débat public – politique et universitaire – la même controverse sur la question de la graphie usuelle de la langue berbère : graphie latine, graphie arabe, graphie tifinagh ? Pseudo débat, totalement prédéterminé par les options idéologiques, et en définitive par l’instance politique : cela a été le cas au Maroc avec l’adoption surprise des néo-tifinagh par l’Ircam en 2002; c’est le cas en Algérie avec ceux qui voudraient imposer la graphie arabe. Pour contextualiser le débat, on rappellera qu’après le Printemps berbère de 1980, le Fln et le Président Chadli[2] déclaraient déjà : « Oui à l’enseignement du berbère, à condition qu’il soit écrit en caractères arabes » ! Cette idée est donc ancienne et émane toujours de milieux fortement marqués par l’idéologie arabiste (plus qu’islamiste d’ailleurs) et en général proches des milieux dirigeants de l’Etat.

Pour tous les berbérisants sérieux, du moins ceux qui se sont penchés sur cette question depuis longtemps et qui ne découvrent pas les problèmes d’aménagement du berbère depuis que les instances politiques algériennes et marocaines ont donné leur « feu-vert », la réponse ne fait pas de doute. Pour ma part, je m’en suis expliqué depuis près trente ans : une diffusion large du berbère passe nécessairement par la graphie latine, parce que :

‒ L’essentiel de la documentation scientifique disponible est dans cette graphie ;

‒ Un travail significatif d’aménagement de cette graphie a été mené durant tout le XXe siècle ;

‒ L’essentiel de la production destinée au grand public (revues associatives, production littéraire), au Maghreb comme en Europe, utilise cet alphabet.

Revenons précisément au débat que l’on essaie régulièrement de relancer. On notera d’abord que l’on invoque généralement la science, l’université : on mobilise les savoirs des linguistes quant à la relation purement conventionnelle entre une langue et sa représentation graphique ; ceux des historiens sur l’existence de traditions anciennes de graphies du berbère en caractères arabes ; du sociologue de l’éducation et de la culture pour rappeler que la majorité de la population a une pratique de l’alphabet arabe. Tout cela pour défendre in fine une notation usuelle en caractères arabes.

On occulte bien sûr le fait que les notations arabes du berbère, bien attestées depuis le haut Moyen âge,

‒ Sont restées l’apanage de milieux lettrés très restreints ;

‒ Qu’elles n’ont jamais donné lieu à une véritable codification graphique du berbère ;

‒ Que toutes les études récentes montrent qu’il s’agissait plus d’aide-mémoires, de béquilles pour une transmission restée fondamentalement orale et qu’il est impossible de décoder ces textes berbères, anciens ou actuels, écrits en arabe sans une oralisation tâtonnante (voir notamment les test réalisés par A. El Mountassir 1994).

On occulte bien sûr aussi le fait que l’alphabet latin est, lui aussi, très largement répandu en Afrique du Nord.

Au niveau de l’abstraction transhistorique, nous savons bien que toute langue, sous réserve d’adaptations plus ou moins importantes, peut être représentée par n’importe quel système d’écriture. C’est ce qui explique que les écritures ont pu voyager, ont été empruntées et adaptées de peuple à peuple, de langue à langue : l’alphabet latin du français n’est pas celui de Rome, ni celui de l’allemand, ni celui des langues scandinaves ou du tchèque. De même que l’alphabet arabe du persan, du turc ottoman et des autres langues d’Asie centrale n’est pas celui de l’arabe classique. De même, sur moins d’un siècle, certaines langues d’Asie centrale ont été écrites en alphabet arabe, en latin et en cyrillique ! A ce niveau de généralité, il est évident que le berbère, comme toute langue, pourrait être écrit en syllabaire japonais ou en alphabet cyrillique. Mais au-delà de ces considérations abstraites et des potentialités théoriques, une écriture usuelle, du fait même de cette qualité, se développe dans un contexte historique et un environnement socioculturel déterminés, et pas seulement dans les cabinets des linguistes et grammairiens.

Car, ignorance réelle ou ignorance feinte, on occulte dans tous les cas le fait que depuis un bon siècle, un travail de réflexion sur la notation usuelle à base latine, directement inspiré par la recherche universitaire sur le berbère, a été mené et a permis des avancées significatives. Initié et accompagné par des universitaires, par des praticiens du berbère, largement relayé par le mouvement associatif, ce travail sur la graphie usuelle à base latine a connu des améliorations progressives et simplifications qui en font désormais une écriture fonctionnelle, raisonnée et adaptée à toutes les formes de berbère. Représentation phonologique, maîtrise et explicitation de la segmentation font de la graphie usuelle latine une véritable écriture « berbère », généralisable à l’ensemble du domaine.

Tourner le dos à un siècle d’usage social actif de la graphie à base latine pour imposer l’alphabet arabe ne pourrait qu’avoir de graves incidences négatives et ralentir voire bloquer le processus de diffusion de l’écrit.

Pour des raisons pratiques d’abord : comme on le rappelle plus loin, seule la notation latine à fait l’objet d’un processus de codification et d’adaptation aux contraintes particulières et lourdes du berbère. Utiliser un autre alphabet reviendrait à jeter aux orties ce lent et complexe travail de maturation, déjà largement adopté par les producteurs sur le terrain, notamment les écrivains. Très concrètement, une graphie arabe pour le berbère serait une régression sévère dans le processus de codification et de diffusion de l’écrit. On en reviendrait forcément à des notations de type phonétique, fortement dialectalisées, à segmentation aléatoire et non explicite et ne permettant pas la lecture sans oralisation. Car, outre que le processus de codification n’a jamais été engagé à partir de l’alphabet arabe, on aurait – même en supposant de la bonne volonté et des intentions généreuses – de sérieuses difficultés à s’abstraire des contraintes de la tradition arabisante pour construire à partir de cette écriture une représentation cohérente et efficace du berbère.

Mais aussi pour des raisons symboliques : qu’on le veuille ou non, l’émergence berbère, l’émergence de la langue berbère s’est faite au cours du XXe siècle contre l’idéologie arabo-islamique dominante et, pour l’essentiel, hors du cadre culturel arabo-islamique. C’est l’ouverture sur le monde et sur l’Occident qui a donné aux Berbères et à la langue berbère les outils de leur affirmation et de leur existence. Vouloir imposer au berbère l’habit de l’alphabet arabe trahit explicitement une volonté de le (les) faire rentrer dans le giron de la famille arabo-musulmane, pour l’y étouffer.

En réalité, on a affaire à une machine de guerre contre le berbère, que l’on déploie lorsqu’il est devenu impossible de s’opposer, sur le principe, à sa reconnaissance, à son développement et à sa généralisation. On met alors en avant le problème « technique » de l’alphabet, pour tenter de détruire l’acquis et orienter d’emblée le passage à l’écrit et l’enseignement de la langue berbère vers un cul-de-sac assuré, vers l’enlisement et/ou la floklorisation. C’est ce qui se confirme au Maroc avec le choix des néo-tifinagh. C’est ce qui se passerait en Algérie si l’alphabet arabe venait par malheur à être imposé. Au fond, il s’agit, dans tous les cas, même si les argumentaires sont évidemment très différents, de bloquer toute possibilité de développement réel de la langue berbère, de la neutraliser en lui imposant un carcan non fonctionnel qui la condamne à une simple fonction emblématique (pour les néo-tifinagh) ou au rejet et à la désaffection par les populations elles-mêmes (pour l’alphabet arabe) ; en un mot, il s’agit d’enfermer le berbère dans l’insignifiance. On retrouve là une pratique très solidement ancrée des Etats maghrébins, la stratégie de neutralisation et de domestication des élites, de tous les acteurs et facteurs sociaux et culturels non contrôlés… En l’occurrence, il s’agit de « réduire le lion berbère en un doux agneau bêlant », intégré à l’appareil d’Etat et à l’idéologie dominante.

Les caractères latins, une option bien ancrée et fonctionnelle

Rappelons en effet que dès le début du XXe siècle, la volonté de sortir la langue de l’oralité s’est traduite par la publication d’importants corpus littéraires ou de textes sur la vie quotidienne. L’impulsion pour le passage à l’écrit en Kabylie commence avec des hommes comme l’instituteur Boulifa[3] ; il sera suivi par une “chaîne culturaliste” ininterrompue, constituée d’enseignants, d’hommes et femmes de lettres de formation francophone. Dans le domaine littéraire surtout, le support écrit imprimé vient suppléer significativement la transmission orale et la mémoire collective. Vers 1945-50, la diffusion de l’écrit à base latine – en dehors de tout enseignement formalisé en Kabylie – est suffisamment avancée pour que de nombreux membres des élites instruites soient capables de composer et écrire le texte de chansons, de noter des pièces de poésie traditionnelle. Belaïd Aït-Ali[4] – qui n’était pas l’un des plus instruits – rédige à la même époque (avant 1950) ce qui doit être considéré comme la première œuvre littéraire écrite kabyle : Les cahiers de Belaïd, recueil de textes, de notations, descriptions et réflexions sur la Kabylie tout à fait exquises.

Le mouvement de production s’est poursuivi et a connu un net regain à partir de 1970, avec une forte intervention de l’émigration kabyle en France surtout, mais aussi rifaine aux Pays-Bas et en Belgique, après 1980.

Depuis la libéralisation politique en Algérie (1989), les publications en langue berbère (revues, recueils poétiques, nouvelles, romans, traductions) se sont multipliées dans le pays même, au point qu’il est devenu difficile de suivre cette production foisonnante, portée par des associations, des auteurs individuels, de nombreux éditeurs privés et l’institution (HCA). En France également, des éditeurs associatifs ou privés publient maintenant régulièrement des titres en langue berbère. L’écrasante majorité de ces publications récentes sont écrites en caractères latins[5]. Aux publications de type littéraire, il faut ajouter un embryon de presse, surtout en Algérie où il a existé/existe plusieurs hebdomadaires bilingues (français/berbère) et où plusieurs grands quotidiens nationaux ont/ont eu leur “page berbère”.

Et, ne l’oublions pas, cette production récente se rajoute à l’immense corpus de textes littéraires et ethnographiques, de grammaires et études diverses, collectés, publiés et quasiment toujours transcrits en caractères latins par les berberisants depuis le début des études berbères, il y a plus de 150 ans.

De sorte qu’il existe désormais un usage écrit à base latine tout à fait significatif. Même si l’on dispose de peu d’informations sur sa diffusion réelle et sa réception[6], il ne s’agit plus d’expériences isolées de militants sans impact social : la production écrite s’est multipliée, consolidée, diversifiée et circule largement.

Les conventions de notation : de la phonétique à la phonologie du mot

Après de longs tâtonnements, les notations courantes du berbère se sont stabilisées et homogénéisées, sous l’influence déterminante des travaux et usages scientifiques. Les travaux et publications d’André Basset (dans les années 1940 et 1950), ceux du Fichier de Documentation Berbère (FDB : de 1947 à 1977), l’œuvre et l’enseignement de l’écrivain et berbérisant Mouloud Mammeri, ont été décisives.

A une première génération (1860 – 1945) de notations “spontanées”, directement inspirées des usages orthographiques du français[7], vont succéder des graphies phonétiques beaucoup plus fines, d’origine scientifique, dont le modèle accompli est celui du FDB.

Après la décolonisation, s’inspirant très directement des travaux et usages académiques ou para-académiques (Faculté des Lettres d’Alger, Inalco, FDB), Mouloud Mammeri a diffusé, à travers ses écrits et son enseignement, à travers le relais du milieu militant kabyle, une notation usuelle à base latine du kabyle d’inspiration phonologique. L’idée de base étant que la notation usuelle doit gommer au maximum les particularités phonétiques dialectales, de façon à ce qu’un texte écrit, quelle que soit la variété régionale utilisée, soit à peu près décodable par tout berbérophone. C’est ainsi, par exemple, qu’on a supprimé, dès les années 60 la notation des phénomènes de spirantisation des occlusives, caractéristiques du kabyle (par opposition au chleuh ou au touareg), mais non, ou très faiblement, distinctifs.

L’introduction et l’interprétation supra-régionale du principe phonologique a ainsi permis de réduire sensiblement les divergences dans la représentation graphique des dialectes berbères. Les particularités phonétiques dialectales à caractère systématique (comme la spirantisation des occlusives simples) sont considérées comme réalisations régionales du phonème “berbère” et ne sont donc plus notées ou seulement par de discrètes diacrités. Concrètement, cela permet d’écrire la langue de la même façon, quel que soit le dialecte. On notera ainsi : tamɣart, “la vieille” ; abrid, “chemin”, akal “terre”, que l’on soit en touareg, en chleuh… qui prononceront effectivement [tamɣart], [abrid], [akal] ou en kabyle, rifain… qui réalisent en fait (notation API) : [θamɣarθ], [aβriδ], [açal]…

De même, la dentale sourde tendue /tt/, particulièrement fréquente en raison de sa présence dans plusieurs morphèmes grammaticaux, est normalement traitée en affriquée [tts] (API : [C]) dans la plupart des parlers kabyles. Dans la pratique usuelle, cette particularité, très marquante du kabyle, est notée seulement par une diacrité (cédille sous la lettre : “ţ”), ce qui permet de maintenir une représentation graphique très proche de celle des autres dialectes berbères qui ne connaissent pas l’affriction.

On est ainsi progressivement parvenu à des graphies phonologiques larges, dans lesquelles toutes les particularités phonétiques, voire les oppositions phonologiques locales, sont effacées. Cette option s’est généralisée après 1970, grâce au relais efficace du réseau associatif berbère et à une production écrite de plus en plus significative. En dehors de toute intervention institutionnelle ou étatique, une pratique graphique dominante s’est mise en place. Au départ, exclusivement kabyle, elle s’est progressivement diffusée à la plupart des dialectes berbère du Nord (Mzab, Maroc, Libye).

De la phonologie du mot à la phonologie de la chaîne

Dans la graphie du berbère, le problème de la représentation des frontières de morphèmes est sans doute l’un des plus délicats. Il existe en effet en berbère une foule d’unités grammaticales, très courtes (généralement mono-phonématiques), de statuts divers (prépositions, affixes pronominaux, affixes déictiques, affixes d’orientation spatiale…), susceptibles de former syntagmes avec le nom et/ou le verbe auquel elles sont associées. L’indépendance syntaxique de ces morphèmes est toujours très évidente, mais leur fusion phonétique et prosodique avec le nom ou le verbe auquel ils sont associés est totale ; ils forment notamment une seule unité accentuelle (cf. Chaker 1995, chap. 8).

Pour la notation usuelle, trois solutions de représentation sont possibles, selon que l’on privilégie l’analyse syntaxique (séparation par un blanc : 1), la fusion phonétique et accentuelle (tout est collé : 2), ou que l’on adopte une solution intermédiaire (tiret séparateur : 3) :

1 – yefka yas t idd = [il-a-donné#à lui#le#vers ici] = il le lui a donné (vers ici)

2 – yefkayastidd

3 – yefka-yas-t-idd

Le flottement est encore sensible pour l’instant, du moins entre les solutions (1) et (3), car l’option du “tout collé” (2), clairement d’inspiration phonétique, est désormais abandonnée dans les notations à base latine (seules les graphies arabes l’utilisent encore de manière quasi systématique).

La solution (3), que j’ai préconisée depuis longtemps (1982/84) est reprise dans les recommandations de l’Inalco ; elle est certainement celle qui est la plus favorable à un décodage rapide par le lecteur : elle individualise les composants syntaxiques de l’énoncé tout en marquant leur liaison étroite au noyau. Les tests psycholinguistiques de lecture réalisés sur d’autres langues (notamment africaines) présentant le même type d’agglutinations confirment cette analyse, de même que ceux réalisés sur le berbère marocain par A. El Mountassir (1994 notamment).

Plus problématiques encore sont les incidences des nombreuses assimilations phonétiques qui se produisent à la frontière des morphèmes : toutes ces unités grammaticales courtes, souvent de localisation dentale ou labiale, ont tendance à s’assimiler au segment phonologique du nom ou du verbe avec lequel elles sont en contact. Les plus fréquentes sont celles qui se produisent avec les prépositions n “de”, d “et/avec”, le morphème de prédication nominale d (“c’est/il y a”), l’affixe pronominal direct -t (“le”) :

S’agissant de morphèmes très usuels, la fréquence de ces assimilations est très élevée. Beaucoup d’entre elles sont même tout à fait pan-berbère (/d#t/ > [tt]), d’autres sont plus localisées, mais souvent attestées en des points divers du monde berbère (par ex. : /n#w/ > [ww] : Kabylie, Haut-Atlas marocain…).

A partir des années 1980, quand l’écrit a commencé à devenir une pratique courante, la réflexion sur le sujet ‒ déjà engagée par le FDB, cf. n° 120, 1973, P. Reesink) ‒ s’est approfondie et est devenue plus explicite. Sur l’initiative d’universitaires (principalement S. Chaker 1982/1984, puis le Centre de Recherche Berbère de l’ Inalco, 1993, 1996, 1998), le champ d’application du principe phonologique a progressivement été étendu à de nombreux phénomènes, jusque là mal ou non traités : la labio-vélarisation, l’affriction des dentales tendues, et surtout, les très nombreux phénomènes d’assimilations aux frontières de morphèmes, assimilations qui sont souvent propres à un dialecte, voire à un parler déterminé et qui leur donnent une “identité phonétique” très spécifique : ex. /n + w-/ > [ww] > [bbw] > [ppw] ; ainsi, en kabyle, un syntagme nominal déterminatif comme /n wergaz/ = “de (l’)homme”, peut être réalisé localement :

[n urgaz]

[wwergaz]

[ggwergaz]

|bbwergaz]

[ppwergaz]

Bien sûr, pour le linguiste, ces réalisations assimilées sont facilement identifiables et, dans le cadre d’une “phonologie de la chaîne”[8], il restituera les segments sous-jacents (avec, éventuellement utilisation du tiret) :

[awal ttemɣart] > /awal n temɣart/ “parole de vieille (femme)”

[awal wwergaz/awal bbwergaz] > /awal n wergaz/ “parole d’homme”

[udi ttament] > /udi d tament/ “(du) beurre et (du) miel”

[tkerzeṭṭ] > /tkerzeḍ-t/ “tu as labouré-le (tu l’as labouré)”

C’est sur ce problème des assimilations à la frontière des morphèmes que l’on observe les fluctuations les plus grandes dans les usages graphiques actuels : les notations “spontanées” sont de type phonétique (= maintien des assimilations) ; celles qui émanent des praticiens ayant une formation berbérisante (universitaires, militants associatifs, écrivains…) sont généralement plus analytiques, encore que bien souvent les auteurs ne traitent pas de manière homogène tous ces cas d’assimilations.

Mais la tendance dominante est désormais très nettement à la notation analytique (morpho-)phonologique, poussée parfois à un point sans doute excessif[9] ; souvent le tiret (ou toute autre marque de liaison) n’est pas utilisé, y compris dans les cas de fusion phonique avancée (/n#w../ > [bbw..]) où il serait plus réaliste de conserver un indice graphique léger de l’assimilation : n_w.. ou n-w.. plutôt que n w.., particulièrement déroutant par rapport à la prononciation réelle.

Cette graphie analytique (phonologique et syntaxique) est celle qui gomme le maximum de particularités dialectales et celle qui rend explicites les composants syntaxiques ; donc celle qui unifie et stabilise au maximum la forme écrite du berbère.

Réalisme et équilibre indispensables

Mais il est clair que la représentation analytique (ou morpho-phonologique), phonologiquement et syntaxiquement parfaitement fondée, est d’une mise en œuvre délicate ; elle suppose en effet une analyse et une décomposition qui n’est ni immédiate ni évidente pour le locuteur natif sans formation linguistique. La différence entre le niveau phonétique et le niveau (morpho-)phonologique est dans ce cas trop importante pour que l’on puisse attendre du locuteur une restitution, sans une formation minimum préalable.

Cette notation est particulièrement intéressante au niveau du décodage ‒ la représentation graphique est quasiment la même pour tous les dialectes et tous les constituants de l’énoncé sont bien individualisés ‒, mais elle est coûteuse pour ce qui est de l’encodage, l’écriture supposant alors une formation préalable lourde. On ne peut plus “écrire spontanément” et une forme d’enseignement devient alors absolument indispensable avant tout passage à l’acte d’écrire. Si l’on veut aboutir à la généralisation et la maîtrise suffisante de cette graphie, cela implique son enseignement généralisé précoce car il ne s’agit plus du tout d’une simple « transcription de l’oral », que l’on peut facilement acquérir à tout âge, mais d’une vraie formation à la langue, à ses structure grammaticales.

L’écrit étant destiné fondamentalement à la communication non-immédiate, c’est bien évidemment le décodage, donc le récepteur qui doit être privilégié. Sur un plan fonctionnel général, il ne peut donc faire de doute que c’est la notation de type analytique qui devra s’imposer car il ne s’agit plus, depuis longtemps, de « transcrire de l’oral », mais bien de construire une tradition écrite.

Mais en l’état actuel des choses, on recommandera le réalisme, l’expérimentation et, surtout, la nécessité d’inscrire l’action de codification dans la durée. « Normaliser », sélectionner, privilégier telle forme sur telle autre, on ne peut y échapper dès que l’on s’engage dans le processus de passage à l’écrit. Mais la modération et la prudence paraissent indispensables. Il faut que les aménageurs berbérisants trouvent la voie médiane entre l’attitude ultra-normalisatrice, qui couperait la langue standard des usages réels, et la théorie du « laisser écrire », qui ramènerait la pratique de l’écrit au niveau des premières notations spontanées phonétiques et qui aurait pour effet certain de bloquer le développement du berbère et la consolidation de son statut.

Un chantier ouvert

On le voit, malgré les avancées tout n’est pas réglé au niveau de la codification graphique, loin de là. Les « questions délicates en suspens » sont encore nombreuses ; le groupe de l’Inalco en a listé certaines (notamment lors des rencontres de 1996 et 1998), qui ne font pas encore l’objet de pratiques unifiées :

‒ L’usage de la ponctuation, point d’autant plus important que la prosodie joue un rôle considérable dans l’organisation syntaxique de l’énoncé berbère (cf. Chaker 1995 et 2009). Bien des textes publiés sont difficile à lire, voire ambigus, de ce fait.

.‒ La question des majuscules, en particulier sur les noms à l’état d’annexion.

‒ La question des sigles et abréviations, qui posent des problèmes spécifiques en berbère du fait la structure morphologique et syllabique des nominaux.

‒ La graphie des noms propres, en particulier celle des toponymes : vu leur fonction dénominative particulière, faut-il en respecter la prononciation locale ou les « normaliser » ? Iɣil bbwammas ou Iɣil n wammas ?

‒ Les prépositions et leurs variantes dialectales et intra-dialectales : faut-il faire un choix entre toutes les variantes locales ou les considérer toutes comme possibles ?

‒ L’écriture des complexes faisant intervenir le pronom indéfini i, ay : seg way deg / segwaydeg / seg-way-deg, ɣef way deg/ɣefwaydeg/ɣef-way-deg, i deg/ideg/i-deg, i ɣef/iɣef/i-ɣef… Faut-il en souder les composants, les séparer par des blanc, des tirets ?

‒ L’écriture de l’indice de 3e personne masc. sing. du verbe : y-, ye-, i- ? (yedda ou idda ?)

‒ L’écriture de l’Etat d’annexion du nom masculin singulier : w- / u- (et dans quels contextes) ou toujours u- ? (wergaz ou urgaz ?)

‒ La question de la notation du « schwa » ([ǝ]), pour lequel les fluctuations de l’usage restent encore très importantes (et qui oppose nettement la pratique kabyle à celle du Maroc). 

Même si la réflexion a été poursuivie au cours de la dernière décennie et même si des propositions précises ont été faites[10], il reste encore à construire un consensus de principe et à le concrétiser dans les pratiques sur tous ces points.

On espère que des rencontres comme celle d’Alger permettront d’avancer sur le chemin ouvert depuis des décennies par les précurseurs kabyles.

*

Références bibliographiques.

[Centre de Recherche Berbère / Inalco] :

Actes de la Table ronde internationale “Phonologie et notation usuelle dans le domaine berbère – Inalco, avril 1993″ : 23 contributions + 4 notes [= Etudes et documents berbères, 11, 1994 et 12, 1995].

– « Propositions pour la notation usuelle à base latine du berbère (Atelier du 24-25 juin 1996, Inalco/Crb ; synthèse des travaux par S. Chaker), Etudes et documents berbères, 14, 1997, pp. 239-253.

Aménagement linguistique de la langue berbère, Normalisation et perspectives, Paris, Inalco, 5 au 9 octobre 1998, Paris, (publication provisoire réalisée par Tamazgha, Paris, février 2000), 15 p.

– Achab Ramdane, 1979, Langue berbère. Initiation à l’écriture, Paris, Imedyazen-GEB.

– Achab Ramdane, 1990, Tira n tamazight, Tizi-Ouzou, Tafsut.

– Achab Ramdane, 1998, Langue berbère. Initiation à l’écriture, Paris, Editions Hoggar.

– Castellanos Carles, 1998, El procés de standarditzacio de les llengües. Estudi comparatiu i aplicacio a la llengua amazigha (berber): Thèse de doctorat, Universitat Autonoma de Barcelona (Dept. de Traduccio i d’Interpretacio).

– Chaker Salem, 1982, “Propositions pour une notation usuelle du berbère (kabyle)”, Bulletin des Etudes Africaines de l’ Inalco (Paris), II/3, 1982, pp. 33-47 [repris dans le suivant].

– Chaker Salem,1984, Textes en linguistique berbère. (Introduction au domaine berbère), Paris, CNRS.

– Chaker Salem, 1989/1998, Berbères aujour’hui, Paris, L’Harmattan.

– Chaker Salem, 1994, “Pour une notation usuelle du berbère à base tifinagh”, Table-ronde “Phonologie et notation dans le domaine berbère”, Paris, Inalco, 26-27 avril 1993 [= Etudes et Documents Berbères, 11, pp. 31-42].

– Chaker Salem, 1995, Linguistique berbère. Etudes de syntaxe et de diachronie, Paris/Louvain, Editions Peeters.

– Chaker Salem, 2002, “Variation dialectale et codification graphie en berbère. Une notation usuelle pan-berbère est-elle possible ?”, Codification des langues de France, édité par D. Caubet, S. Chaker et Jean Sibille, Paris, L’Harmattan, p. 341-354.

– Chaker Salem, 2009, “Structuration prosodique et structuration (typo-)graphique en berbère : exemples kabyles”, Etudes de phonétique et linguistique berbère. Hommage à Naïma Louali, Paris/Louvain, Peeters, p. 69-88.

– El Mountassir Abdellah, 1994, “De l’oral à l’écrit, de l’écrit à la lecture. Exemple des manuscrits chleuhs en graphie arabe”, Etudes et documents berbères, 11, p. 149-156.

Fichier de Documentation Berbère, 120, 1973 (IV) : “A propos de quelques changements de transcription”, p. 45-50.

– Galand Lionel, 1989, “Les langues berbères”, La réforme des langues. His­toire et avenir, IV, Hamburg, H. Buske Verlag.

– Mammeri Mouloud, 1976, Tajerrumt n tmazight (tantala taqbaylit), Paris, Maspéro [= Grammaire berbère, dialecte kabyle].

– Naït-Zerrad Kamal, 1994, Manuel de conjugaison kabyle : le verbe en berbère, Paris, L’Harmattan, 318 p.

– Naït-Zerrad Kamal, 2001, Grammaire moderne du kabyle, Paris, Karthala, 225 p.

– Naït-Zerrad Kamal, 2001, “Les systèmes de notation du berbère”, Codification des langues de France, édité par D. Caubet, S. Chaker et Jean Sibille, Paris, L’Harmattan, p. 331-340.

[1] Je me situe ici dans une perspective de la longue durée : la prise en charge par l’institution étatique date seulement de 1995 en Algérie et de 2002 au Maroc. Et pendant la période coloniale, la codification du berbère était une problématique totalement inexistante pour l’administration comme pour l’Université françaises.

[2] On sait qu’il sera suivi dans cette position par le Président Bouteflika qui a fait le même type de déclarations publiques.

[3] Qui, avant les années 1920, avait déjà publié : une méthode de langue kabyle (dont 350 pages de textes imprimées en kabyle), un recueil de poésies, une histoire de la Kabylie et une description d’un parler berbère marocain. Cf. S. Chaker (dir.) : Hommes et femmes de Kabylie…, Aix-en-Provence, Edisud/Ina-yas, 2001.

[4] Cf. Etudes et documents berbères, 2, 1986 ou Hommes et femmes de Kabylie, Dictionnaire biographique…, vol. I, (sous la dir. de S. Chaker), Aix-en-Provence/Alger, Edisud/Ina-yas, 2001.

[5] Quasiment toutes celles qui sont publiées en Algérie, en France et en Europe utilisent l’alphabet latin ; la situation est plus contrastée au Maroc où l’alphabet arabe est souvent utilisé ; mais les parutions récentes sont désormais majoritairement en latin dans ce pays aussi.

[6] Qui lit, qui écrit en berbère ? Existe-t-il un vrai marché ou s’agit-il encore de réalisations portées par le militantisme ? Il est encore difficile de répondre à ces questions faute d’études précises.

[7] Avec de nombreux digrammes, une non-distinction des voyelles et semi-voyelles.

[8] Qui considérera donc les frontières de morphèmes comme un contexte clé de l’analyse phonologique en berbère (cf. Chaker 1984, chap. 6).

[9] Ainsi, je ne crois qu’ l’on ait vraiment intérêt à noter taɣaḍt (« chèvre »), même si l’on sait bien qu’il ne s’agit que la forme féminine de aɣaḍ (« caprin »). Si l’option analytique apporte un plus dans le décodage des syntagmes et des énoncés, elle n’apporte pas grand-chose au sein des mots.

[10] Notamment par K. Naït-Zerrad, sans doute le chercheur le plus avancé sur le sujet.

Colloque International

« Standardisation  de l’écriture amazighe »

Boumerdès, du 20 au 23 septembre 2010

 

Ce colloque a pour ambition de fixer toutes les règles orthographiques de Tamazight à base latine, afin de renforcer l’unité d’écriture, d’uniformiser les usages et, éventuellement, trancher un certain nombre de questions qui y sont liées et qui restent en suspens.

Ce souci est né après avoir constaté des différences de transcription de Tamazight par, notamment, les enseignants de cette langue ou encore les écrivains.

La création littéraire appréhendée dans le nombre croissant des œuvres produites et publiées (HCA et autres maisons d’édition privées) permet, en effet, de révéler des variations d’écriture autrement plus nombreuses à travers la pratique et peut être, donc, des récurrences en matière d’erreurs de l’orthographe non encore répertoriées.

Une graphie codifiée et une orthographe normée gagnent, pour ainsi dire, à être réalisées dans un cadre académique à partie des pratiques sur le terrain. C’est dans cette optique que le Haut Commissariat à l’Amazighité offre un moyen  institutionnel et officiel de réflexion et de débat à tous les spécialistes universitaires et praticiens de la langue tamazight. L’objectif d’une telle rencontre étant de sortir avec un projet de publication d’un manuel référentiel faisant autorité, fixant les règles de l’écriture de Tamazight, destiné à l’ensemble des utilisateurs et qui sera publié en tamazight, en arabe et en français et diffusé par le HCA.

Introduction

Le passage à l’écrit de tamazight a été entamé depuis la fin du 19ème siècle. Il a été répandu d’une manière effective grâce, d’abord, aux travaux des missionnaires, administratifs et militaires français qui étaient relayés par la suite par des intellectuels locaux tels : Boulifa, Bensedira, Belaid Ait Ali… pendant la colonisation. Mais après l’indépendance, d’autres intellectuels, à des degrés distincts, s’étaient également penchés sur la question de la transcription de la langue amazighe, à l’exemple de : Mammeri, Chaker, Achab, Haroun, Ait Amrane, Bahbouh… Cela montre que le souci d’uniformiser la notation a commencé depuis longtemps.

Cependant, il a été noté qu’à travers tous ces travaux, des distinctions existent à différents niveaux de la notation, on peut citer : le choix de l’alphabet, le choix des règles orthographiques, le choix de la variante à laquelle ses règles sont appliquées, etc.  Autant  d’écueils qui entravent la standardisation de cette écriture. Les raisons sont multiples, elles tiennent au fait que dans certaines propositions, les auteurs n’ont pas pu aller dans le sens d’une généralisation d’une notation qui peut transcender les différences régionales, dialectales et individuelles. Cela a engendré une hétérogénéité des règles et, par conséquent, nous avons dénombré une multitude de distinctions orthographiques qui ne  rendent pas aisée au la lecture.

Rappel concernant la notation usuelle.

Il a fallu attendre surtout l’introduction de tamazight dans le système éducatif, en 1996, pour que ce problème ressurgisse et se pose avec acuité. En effet, les enseignants, mais aussi et surtout les apprenants, qui sont appelés à enseigner et à étudier des règles cohérentes à appliquer dans leurs écrits, sont régulièrement confrontés aux difficultés d’ordre orthographiques. Ces difficultés relèvent, pour la plupart, de l’absence d’un consensus autour de la notation standard qui puisse être généralisée à tous les niveaux : école, médias et publications diverses. De surcroit, un apprenant se trouve souvent désorienté devant ces différences qu’il découvre en changeant d’enseignant, d’établissement ou de région car nous n’avons pas pris de distanciation appropriée par rapport à l’usage individuel ou régional, d’une part, et d’autre part, nous n’avons pas dégagé des règles communes à appliquer. Notons, aussi, que ces obstacles existent et sont vécus par des lecteurs en dehors de l’école.

Ces difficultés, entre autres, ont amené des linguistes berbèrisants issus de différents instituts et universités à réfléchir sur une notation usuelle lors d’ un travail d’équipe tenu à l’INALCO, en 1996. Puis ce premier travail a été complété et enrichi par un autre document publié en 1998. En somme, à cette époque, ces deux documents ont été accueillis très favorablement par la majorité des usagers. A une date plus récente, en 2005, une équipe d’enseignants du Département de Langue et Culture Amazighes de Béjaia a publié, en tamazight, un livre intitulé « Ilugan n tira »  qui a pour objectif de compléter et d’améliorer les règles en usage afin de faciliter l’apprentissage de la transcription de la langue et de réduire au maximum les obstacles liés aux différences régionales et dialectales et trouver des solutions adéquates à quelques points qui n’ont pas été traités dans les travaux antérieurs. En 2007, un colloque sur La standardisation de la langue amazighe : la graphie latine, a été organisé à Barcelone. Il s’inscrit dans la continuité du travail de l’Inalco autour de cette question. Dans son rapport de synthèse, il est mentionné que les systèmes de notation parallèles existent encore du fait de l’utilisation des technologies modernes, Internet par exemple ; ce qui nécessite « une démarche souple et flexible par rapport à la forme d’écriture recommandée et ses possibles variations ». Le HCA propose, justement, une solution à ce problème qui consiste dans l’utilisation du clavier Tamazight Unicode qui permet d’écrire en tamazight dans n’importe quel site ou forum du net.

C’est dans la continuité de tous ces travaux que s’inscrit cette rencontre qui aboutira, nous l’espérons, à la confection d’un manuel d’écriture de tamazight qui sera le document référentiel des usagers de tamazight, l’objectif étant d’arriver à une harmonisation des règles d’écriture de cette langue.

 

NB

 

Il est souhaitable que les communications portent sur des questions pratiques relevant de l’orthographe et de la codification. Les propositions formulées dans le détail, serviront pour un document de base préliminaire.

Pour une bonne organisation du colloque, la date limite de la réception des propositions est fixée au 02 septembre 2010.

 Pour tout contact :

Haut Commissariat à l’Amazighité, 19, rue Mustapha El Ouali (ex Debussy) Alger.

Tel : 021 63 59 05

Fax : 021 63 59 06

Email : cherifabilek@yahoo.fr,

            der_hca@yahoo.fr

Publié par : tasekla | 6 mars 2010

Hommage à Mohya le 06 mars 2010 à Bgayet

Hommage à Mohia

- Béjaïa :

Samedi 6. Hommage à Mohand U Yehya. A 10h30. Nadia Mohia signe son dernier livre La fête des Kabytchous. A la lilbrairie Tira, route de l’université Targa Ouzemmour.

A 14h. rencontre avec Nadia Mohia à la petite salle de la maison de la culture Taous Amrouche.

16:30 Inauguration du cercle de lecture Mohand U Yehya. Au théâtre de verdure.

A 21h. Monologue « Urgagh Mmutagh », une production du Théâtre régional de Béjaïa. A la résidence universitaire Amriw.

A 21h. Conférence « L’œuvre de Mohya, de l’universel à Taqbaylit » par Dr Saïd Chemakh. A la résidence

Publié par : tasekla | 24 février 2010

“Ger Zik d tura” présenté par Ramdane LASHEB

Ger Zik d Tura, de Saïd Chemakh
Un recueil de nouvelles en tamazight

La littérature de langue tamazight (berbère) ne cesse de s’enrichir. Et pour preuve : le nombre de publications qui ne cessent de croître. En effet, depuis le réveil identitaire, beaucoup d’auteurs amazighs ont compris que seule la littérature écrite peut sauver tamazight d’une mort à laquelle l’ont vouée les régimes arabo-islamiques.

La littérature de langue tamazight (berbère) ne cesse de s’enrichir. Et pour preuve : le nombre de publications qui ne cessent de croître. En effet, depuis le réveil identitaire, beaucoup d’auteurs amazighs ont compris que seule la littérature écrite peut sauver tamazight d’une mort à laquelle l’ont vouée les régimes arabo-islamiques.


Depuis, des romanciers, des dramaturges, des poètes… ont produit des textes non pas oraux mais écrits car comme disait le proverbe latin : les paroles s’envolent, les écrits restent. Said Chemakh est de ceux-là. De ceux qui refusent de voir tamazight mourir.

Saïd Chemakh est plus connu dans le milieu universitaire et dans celui du militantisme berbère. En effet, son ancien professeur et préfacier de son livre, Salem Chaker dit de lui : «…il fait partie de ces militants kabyles du mouvement culturel berbère, engagés sur la longue durée, alternativement et simultanément, sur tous les champs du combat berbère: militance de base dans le terrain universitaire et populaire, militance plus politique dans et autour des appareils organiques qui ont pu, à un moment ou à un autre, représenter l’aspiration berbère de Kabylie, militance culturelle par sa participation à l’enseignement, à la création et à la diffusion, militance scientifique enfin et surtout, qui a amené Saïd à réaliser un travail titanesque, qui fera date, sur le vocabulaire fondamental du kabyle».

Saïd Chemakh.

Saïd Chemakh est né en 1968 dans l’âarch des Ait-Bougherdan, l’actuelle commune d’Assi-Youcef près de Boghni. Après des études à l’université de Bab-Ezzouar et de Tizi-Ouzou, il s’inscrit en 1989 à l’Inalco. En 1994, il entame un DEA en linguistique berbère. En 2003, il soutient une thèse dans le même domaine. Outre des études en didactique, espagnol et infographie, Saïd a, aussi à son actif, plusieurs articles et textes de tous genres publiés dans divers journaux, revues et sites internet.

Le recueil de nouvelles Ger zik d tura
Ger Zik d tura peut être traduit en français par D’Antan et d’aujourd’hui. C’est un recueil de neuf nouvelles et cinq autres textes. Les nouvelles traitent essentiellement de l’univers kabyle. Les scènes décrites se passent en Kabylie ou à Alger. Le fil conducteur entre elles reste la question : qu’est-ce qui a changé entre la société traditionnelle et celle d’aujourd’hui ?
La première nouvelle intitulée Taninna ou la vie d’une jeune fille kabyle, traite du sort d’une étudiante Taninna qui a cru s’en sortir en faisant des études supérieures. Mais c’était compter sans les lourdeurs de la société.

La 2e, Confiance et trahison, traite de la vendetta organisée à Awejhan après la mort de son fils.
La 3e, L’aventure du fils d’Achiban, aborde la façon dont les parents kabyles éduquent leurs enfants. La morale qu’on trouve à la fin du récit est éloquente. Cette nouvelle est d’ailleurs insérée dans le manuel scolaire de tamazight pour les classes de Terminale.

La 4e, Ils feront la fête, traite de l’insolence des fils envers leur père. Ce dernier qui s’est sacrifié en France des années durant pour leur bien-être finira par se suicider le jour de leurs mariages.
La 5e, Le retour, est une dénonciation du lévirat. Des années après sa prétendue mort…Et l’enterrement de son cercueil, Meqran débarque au village. Sa femme a été remariée de force à son frère.

La 6e, Un dinar, traite de l’infidélité. Rezqi considère les Algéroises comme des filles faciles. Il ira prendre femme en Kabylie. Il en choisira une qui n’a jamais été à l’école. Mais cette dernière, une fois arrivée à Alger, s’avère être une autre personne.

La 7e, Le voyageur. Meqran quitte la Kabylie pour la France. Mais il n’est allé ni pour travailler, ni pour étudier, ni pour faire du tourisme. Qu’est-ce qui l’a poussé à faire cela ?
La 8e, Les veilles maisons du village. Yidir n’a pas poursuivi d’études comme ses anciens camarades. Des années après, ils sont tous partis. Il est resté seul au village. Seul, près des tombes du village.

La 9e, Si tu savais. Mennad a vu mourir des jeunes pendant les émeutes d’octobre 1988 à Alger. Il ne savait pas que sa fiancée sera tuée au balcon de la maison par une balle perdue.

Les six autres textes sont très courts. Dans Mazigha, S. Chemakh s’est inspirée du chant de Ferhat Mehenni Aqcic d ueettar (Le jeune et le mendiant). Le second texte est un procès du soi-disant apport civilisationnel du colonialisme. Le troisième est une réplique à ceux qui nous invitent à embarquer dans n’importe quelle galère. Le nouvelliste appelle Tariq Ben Zeyyan et lui demande de brûler les bateaux ! Le quatrième est un hommage aux ancêtres qui malgré les affres de l’histoire ont réussi à sauver un trésor, le tamazight, et à nous à le transmettre. Le cinquième texte traite d’une femme kabyle tuée lors de la guerre d’indépendance. Le dernier, Nedjma partagée, est un vibrant hommage à Kateb Yacine.

Critiques

En 1993, S. Chemakh a déposé une première version de son recueil au Prix Mouloud Mammeri organisé par la FNACA, dirigée par Malika Ahmed-Zaid. Il a reçu un prix d’encouragement. Cela l’a beaucoup motivé pour aller de l’avant et écrire plus. Même si plusieurs années se sont écoulées depuis, le nouvelliste y revient d’ailleurs dans un entretien qu’il nous a accordé, il n’a pas baissé les bras. Presque tous ses textes ont été diffusés dans des revues (Tafsut, Tighri unelmad, Amaynut…) et sites Internet.

Lors de la sortie du premier tirage du recueil, c’est l’écrivain Tahar Ould Amar, lauréat du prix Apulée 2008 pour son roman Bururu, qui salue l’œuvre de S. Chemakh.

Il y a bien sûr le préfacier Salem Chaker qui disait : « Ce recueil de nouvelles de Saïd est une de ces pierres fondatrices et continuatrices, d’autant plus précieuse qu’elle est d’un genre nouveau dans l’espace kabyle – espèce encore rare ! L’œuvre de Saïd Chemakh participe de l’appel à la liberté et à l’existence porté par les créateurs kabyles depuis un siècle ; elle participe de cette volonté d’explorer des espaces et des formes nouvelles, d’inscrire la Kabylie et son message dans le concert du Monde. Liberté des hommes et des femmes, de la langue et de la culture.».

La langue utilisée par l’auteur est simple et facile à comprendre. C’est qu’on appelle communément taqbaylit timserreh’t. Il y a, certes, quelques termes propres à sa localité et quelques néologismes, mais les textes sont lisibles.

C’est bien dommage, que l’éditeur ait revu la transcription car certaines «soi-disant corrections» apportées ne sont pas conformes aux recommandations de l’Inalco.

Le texte i welmat-negh yemmut ( A notre sœur, la martyre) est la preuve de la circulation de la poésie féminine kabyle, S. Chemakh l’a recueilli auprès de sa mère. Cette dernière nous l’a redit lors du tournage du film qui lui est consacré avec Hocine Berfane. Or, nous avons recueilli une version presque identique à Tala-Khelil. Version qui figure d’ailleurs dans notre recueil Chants féminins de la guerre. Cette circulation de la poésie orale dans l’espace kabyle a déjà été abordée par M. Mammeri dans Poèmes kabyles anciens.

La lecture du recueil Ger zik d tura nous laisse sur notre faim. A l’instar des romanciers A. Mezdad, B. Tazaghart, S. Zenia… le nouvelliste nous plonge dans un univers merveilleux. Un univers de fiction mais où la Kabylie profonde apparaît telle qu’elle était et est. Nous sommes dans l’attente d’autres récits. D’autant plus que S. Chemakh a dit qu’il compte publier un second recueil intitulé Kahinat n wass-a (Les Kahena d’aujourd’hui) ainsi qu’un roman, Tayri d tudert (l’amour, la vie). La pièce de théâtre L’amour de loin d’Amin Maâlouf qu’il a traduite en kabyle est mise en scène par ses étudiants avec le soutien de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou.

Ramdane Lasheb

Publié par : tasekla | 24 février 2010

‘Ger zik d tura’ vu par l’écrivain Tahar Ould Amar

’’Ger zik d tura (d’Antan et d’aujourd’hui)’’ du Dr Said Chemakh

Lorsqu’un théoricien de la langue crée

Publie le : dimanche 25 mai 2008

La production littéraire d’expression amazighe semble de plus en plus et de mieux en mieux prendre ses distances des génotypes identitaires et revendicatifs. Cette distanciation concourt à la ‘’déghettoïsation’’ du fait littéraire kabyle, voire même à son universalisation pour peu que le génie de cette langue soit mis en relief. C’est, sans aucun doute, à cela que feu Mammeri faisait allusion en affirmant que “le ghetto sécurise mais stérilise”.

Un autre fait concourant tout autant à hisser haut la littérature kabyle est la réappropriation de la langue de tous les jours. C’en est fini avec ce tamazight que peu de gens comprennent et, qui plus est, agresse le texte.

On se rappelle tous de ces productions noyées dans des néologismes que moins nous comprenions et plus nous applaudissions. Nous constatons, depuis déjà quelques temps, le réajustement du cap des Les lettres kabyles.

“Ger zik d tura (d’Antan et d’aujourd’hui)”, de docteur Said Chemakhe, édité en 2008 avec le concours du HCA, s’inscrit dans cette nouvelle donne littéraire. La première mouture de ce recueil de neuf nouvelles et cinq autres textes a été sélectionnée au Prix Mouloud-Mammeri en 1993. L’auteur y recevra un Prix d’encouragement.

Les nouvelles de Chemakh, ce théoricien de la langue, s’intéressent sans tabous et dans une langue fluide à l’homme et à la femme kabyles (d’Antan et d’aujourd’hui). L’amour, l’infidélité, l’envie, la haine, la vendetta…sont tout autant de sujets complexes sur lesquels l’auteur lèvera le voile sans, que le lecteur n’ait cette impression que l’écrivain s’est introduit par effraction dans l’intimité du Kabyle. Chose qui n’est pas évidente dans une société a priori impénétrable et ne laissant rien transparaître de ses états d’âmes.

Said abordera des sujets graves et tabous avec une pointe d’humeur qu’on lui connaît dans la vie de tous les jours.

Dans “3ecrin duru” (septième nouvelle, page 54), l’auteur réussi le tour de maître de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière phrase : “…Tamettut-ik… teghli-d seg ubalkun, temmut “. Le condensé de gravité dans “ɛecrin duru ” nous tombe sur la tête, sans avertir, à la lecture du dernier mot de la dernière page. Said réussira ainsi une interactivité émotionnelle. Le lecteur méprisera Basel (clin d’œil au baâthisme), compatira avec Awajhan, noiera son chagrin dans un verre avec Arezqi… bref, il s’émouvra à la découverte des fragments de vie que lui propose l’auteur.

Il est rare qu’un théoricien de la langue s’aventure dans l’univers de la création. Mais il faut dire que Said n’est pas seulement un scientifique. Ce militant est imprégné de taqbaylit, langue et culture depuis Assi Youssef (Boghni), en passant par Bab Ezzouar jusqu’au département de langue et culture amazighes de Tizi Ouzou où il est enseignant. C’est donc un théoricien de la langue, qui n’est pas indifférent aux palpitations de la kabylie, qui vient d’agrémenter la littérature Kabyle d’un peu plus de génie. Et la rencontre entre un théoricien de cette nature et une feuille blanche ne peut être que géniale.

“Ger zik d tura , est une preuve, une de plus, que la littérature d’expression kabyle est bel et bien là et qu’elle ne se fabrique pas dans les laboratoires stériles.

T.Ould Amar – La Dépêche de Kabylie du 25 Mai 2008

Publié par : tasekla | 9 décembre 2009

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Outils ‹ Tasekla — WordPress.Journée André Basset

Le Département de Langue et Culture Amazighes de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou organise une JOURNEE D’ETUDE le Lundi 14 décembre 2009 sur le thème : André Basset, Commémoration du 80ème anniversaire de la publication de sa thèse complémentaire. Sis : Salle des enseignants (DLCA)

Information liminaire : En 1929 André Basset (1895-1956) soutient et publie sa thèse complémentaire : « Etudes de géographie linguistique en kabyle (sur quelques termes berbères concernant le corps humain), Paris, Librairie Ernest Leroux, 100 p. + 21 cartes ».

Pour commémorer le 80ème anniversaire de cette publication, qui reste aujourd’hui une référence régulièrement citée (Lafkioui 2007 ; Nait-zerrad 2004 ;…) l’équipe de recherche de la base de données du kabyle du Département de Langue et Culture Amazigh organise une journée d’étude le lundi 14 décembre 2009 à 10 heures à la salle des enseignants, consacrée à ce travail, à ses à-côtés et son éventuelle modernisation.

Programme :

10h00- 10h30 Remi Jolivet (Lausanne), Noura Tigziri (Tizi Ouzou), Introduction

10h30-11h00 Saïd Hassani (Tizi Ouzou), le berbère à l’époque d’André basset.

11h00- 11h30 Samia Merzouki (Tizi Ouzou) & Ramdane Boukherrouf (Tizi Ouzou), La géographie linguistique à l’époque d’André Basset.

11h30-12h00 Discussions

12h00-13h00 Pause

13h00-13h30 Seïdh Chalah (Tizi Ouzou), Nouvelles questions, nouvelles méthodes et nouveaux outils en géographie linguistique.

13h30-14h00 Jolivet (Lausanne), Noura Tigziri (Tizi Ouzou) Essai de représentation cartographique via Google Earth- cas du /l/.

14h00-15h00 Discussions.

 

Note : Les enseignants et les étudiants post-graduants du département de Langue et Culture amazigh sont cordialement invités.

Publié par : tasekla | 9 décembre 2009

Jounée d’Etude André BASSET

Le Département de Langue et Culture Amazighes de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou organise une JOURNEE D’ETUDE le Lundi 14 décembre 2009 sur le thème : André Basset, Commémoration du 80ème anniversaire de la publication de sa thèse complémentaire. Sis : Salle des enseignants (DLCA)
Information liminaire : En 1929 André Basset (1895-1956) soutient et publie sa thèse complémentaire : « Etudes de géographie linguistique en kabyle (sur quelques termes berbères concernant le corps humain), Paris, Librairie Ernest Leroux, 100 p. + 21 cartes ».
Pour commémorer le 80ème anniversaire de cette publication, qui reste aujourd’hui une référence régulièrement citée (Lafkioui 2007 ; Nait-zerrad 2004 ;…) l’équipe de recherche de la base de données du kabyle du Département de Langue et Culture Amazigh organise une journée d’étude le lundi 14 décembre 2009 à 10 heures à la salle des enseignants, consacrée à ce travail, à ses à-côtés et son éventuelle modernisation.
Programme :
10h00- 10h30 Remi Jolivet (Lausanne), Noura Tigziri (Tizi Ouzou), Introduction
10h30-11h00 Saïd Hassani (Tizi Ouzou), le berbère à l’époque d’André basset.
11h00- 11h30 Samia Merzouki (Tizi Ouzou) & Ramdane Boukherrouf (Tizi Ouzou), La géographie linguistique à l’époque d’André Basset.
11h30-12h00 Discussions
12h00-13h00 Pause
13h00-13h30 Seïdh Chalah (Tizi Ouzou), Nouvelles questions, nouvelles méthodes et nouveaux outils en géographie linguistique.
13h30-14h00 Jolivet (Lausanne), Noura Tigziri (Tizi Ouzou) Essai de représentation cartographique via Google Earth- cas du /l/.
14h00-15h00 Discussions.

Note : Les enseignants et les étudiants post-graduants du département de Langue et Culture amazigh sont cordialement invités.

Publié par : tasekla | 2 décembre 2009

Asefru : A ZIƔ NEKK D MENWALA

A ZIƔ NEKK  D MENWALA

[=Ainsi donc, je ne suis qu’un quelconque individu pour vous]

Asefru-agi uriɣ-t di kra n teswiɛt akken anda i d-ttuqten fell-i tlufa. Akken yebɣu suɣeɣ, ur ufiɣ yiwen ɣer tama-w. Ihi, ad t-hduɣ I kra n wiggad-agi i yas-yeqqaren “nekni d imeddukal-is !”

L’apparence se meut et change
W. Shakespeare
As you want it (A. V, S. II).

Nekk  I yas-yennan zik swiɣ
A ziɣ aql-i d menwala
Sked urfan ur ṛwiɣ
Quzmeɣ-ten ulac tarewla
Nekki yenwan zik swiɣ
A ziɣ zgiɣ  d menwala
Ahat d iqqeḥ ay swiɣ
Neɣ ahat ddaw waya
Acḥal d win i nerfed
I wakken ur yettendella
Fell-as tafekka teqqed
Nekkes-as aṭṭan d tawla
S tiddi mi akken d-ibded
Yerra iman-is ur aɣ-d-iwala
Imi neḥṣa nɛemmed
Anef a nezg d menwala
Acḥal n tin i nbubb
Mi tella teɣli di lqaɛa
Ur as-neǧǧi ara ad tṣubb
Armi neẓra tettbedda
Ass-nni imi tt-nɛudd
D tameddakelt n lebda
Tettu kra i yas-nbudd
Ziɣ yur-s zgiɣ d menwala
Acḥal d wid i wumi  ur nunif
Akken ad hemlen di tẓegwa
nekkes fell-asen urrif
ass-a llan akken i asen-ihwa
a-t-nan zedɣen di liser
d awal ẓiden ɣur-sen i nerǧa
sser seg imawen nnsen yenser
a ziɣ zgiɣ d menwala
Anta tid ɣef ur netɣebbel
Ɣef ayd ur neṛwa tazzla
am akli fell-asent neqqel
aɣilif ur tent-ila
nessufeɣ-itent-id seg uxessaṛ
menɛent yis-ent ur igla
i yebɣun beddeɣ i ṣṣerṣer
a ziɣ zgiɣ d menwala
i wumi a d-tettnadiḍ fell-i
imi nekk d menwala
i wumi a d-tezziḍ ɣur-i
inaɣ nekk d menwala
i wumi a d-tqellbem fell-i
yak tennam-as d menwala
i wumi a d-testeqsimt fell-i
yak ɣur-kent d menwala
A win ḥesben d menwala
Ɣef yiman-ik i yella llem
fru deg allaɣ tilla
ur qqar awal susem
tamusni ɣur-k i tella
ttuɣaḍen ur ten-tezzem
win k-iɣedṛen s laman ur yegla
s kra i tliḍ d asirem

Lpari, tagrest 2002.

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